Le naufrage de la Crossrace

Hélène 11 mars 2014 0

Nous vous avions présenté fin décembre une nouvelle course à obstacles, la Crossrace (article), nous nous interrogions alors sur la multiplication de ces courses aux tarifs élevés, et dont les prestations ne sont pas toujours à la hauteur de ce qui est annoncé. Il semble que la Spartan race (à laquelle nous n’avons pas participé) ai reçue de nombreuses critiques. Les organisateurs ayant sollicités un droit de réponse nous leur avons proposé une interview.

Ils promettaient de faire mieux et surtout de proposer une course plus orientée compétition dans laquelle il y ait un vrai challenge sportif et physique et de vraies pénalités à effectuer en cas d’échec.

Ils proposaient également des entraînements spécifiques courses d’obstacles avec techniques de franchissement, ceux qui y ont pris part semblaient avoir apprécier la qualité de ceux-ci.

Nous avons donc décidé de nous y rendre afin de nous faire notre propre opinion. D’autant qu’à quelques jours de la course ils annonçaient une finale entre les meilleurs de chaque vague afin de déterminer les vainqueurs sur une même course, dans les mêmes conditions car souvent les coureurs qui partent dans les dernières vagues sont ralentis par ceux partis avant.

Dimanche matin nous voilà sur la route en direction du site de la course, nous allons passer un première fois devant le panneau du starter park sans nous arrêter car rien ne signale que la course va avoir lieu. Après avoir fait demi-tour, nous nous garons sur un parking situé de l’autre côté de la route (le parking du site étant réservé pour les autres activités).

Nous nous dirigeons vers l’entrée où une bénévole commence à monter le ravitaillement, mais un autre volontaire armé d’un talkie-walkie nous fait signe qu’il faut remonter. Nous obtempérons et nous tombons sur d’autres athlètes qui se sont garés plus haut et à qui ont a dit que le départ était en bas ! Ça commence fort !

Finalement nous redescendons et trouvons le stand des inscriptions, malgré le beau soleil il semble y avoir peu de participants et un coup d’œil à la pile des dossiers semble confirmer qu’il y a peu d’inscrits. Une fois les formulaires remis, on nous attribue une puce de chronométrage dont on nous inscrit à la fois le numéro sur le bras au marqueur, et en face de notre dossier (d’habitude ce genre de détails est organisé à l’avance). Surprise il n’y a pas dossards… (souvent il y a un préposé sur le parcours qui note les numéros pour vérifier qu’il n’y ait pas de triche).

Le temps de se préparer, de s’échauffer, de papoter un peu, il est normalement l’heure pour la première vague de s’élancer (9h30), mais l’organisation semble avoir pris du retard, les athlètes sont tout de même appelé de l’autre côté du bâtiment, un quart d’heure après ils y seront toujours… L’heure tourne et rien ne semble se passer, finalement nous nous dirigeons vers ce qui semble être le départ histoire de ne pas louper notre vague mais on retrouve les athlètes qui attendent.

10h l’organisateur apparaît enfin, suite à des éboulements il a du modifier une partie du parcours et nous annonce qu’il y aura moins de course et plus d’obstacles. Après une brève présentation du départ (slalom entre les plots) et quelques indications (la première fois qu’on passe au ravito il faut continuer tout droit, la seconde fois descendre à droite), il nous annonce que le passage du filet est relativement difficile et que du coup il n’y aura pas de pénalité pour ceux qui échouent (çà commence mal), il nous enjoint également à être prudent afin de ne pas nous blesser.

La première vague (peu fournie) part enfin, le premier file droit devant et loupe le chemin indiqué par la rubalise, heureusement les suivants le remettent sur la bonne route. Quelques minutes après c’est enfin à notre tour, nous sommes au plus une trentaine à nous élancer. Le temps est beau, nous sommes peu nombreux, on se dit qu’on va se régaler.

Après le slalom qui permet d’étirer le petit peloton, voilà la première flaque de boue, puis une descente nous mène à la première tranchée où se trouve un filet sous lequel il faut ramper… dans une bonne couche de boue bien grasse, puis nous filons sur le terrain de paint-ball où nous allons devoir franchir les murs des maisons qui servent d’abri, des voitures… jusque là c’est bien sympa. Un bon petit raidillon rocailleux nous mène sur le plateau où des pneus nous attendent : il faut les tirer avec une corde jusqu’à un plot et revenir (8 ou 9 pneus çà semble peu ! ), les femmes ont droit à un modèle plus petit et une bénévole sympa oriente tout le monde.

Le temps de prendre un escalier nous voilà sur le tire-flip, comme sur l’épreuve précédente, un modèle plus petit a été prévu pour les femmes, il s’agit là aussi de faire un aller retour avant de continuer plus loin où on nous dirige vers une benne dont il faut escalader le fond pour ressortir. C’est reparti pour une bonne partie de course avant d’arriver au ravito. Déjà ? Mon GPS affiche à peine plus de 2 km… dans le doute je prend le temps de boire un coup, la 2ème boucle doit être plus longue…

Je repars vers le fameux filet : il est en maille fine et pend depuis un tableau d’affichage, difficile de prendre appui avec les pieds (la préposée nous conseille d’enlever les chaussures, pour mieux s’accrocher. Arrivée en haut il faut descendre de l’autre côté en se servant d’une corde à nœud, manœuvre relativement risquée, il y a peu d’appui et aucune sécurité en bas… Le chemin repart le long du circuit de karting avec des tranchées au milieu où parfois traîne une échelle ou d’autres débris… l’une d’elle présente même un tel trou en bas que je la négocie au ralenti de peur d’y laisser une articulation ! Au bout du chemin deux cordes permettent de descendre un talus et d’aborder une piste (enfin pour qui arrive à comprendre où il faut aller). Un nouvel obstacle se présente, c’est un panneau de bois d’environ 70 cm de haut accroché à 2 mètre de haut entre 2 arbres et au dessus duquel il faut passer, mais aucun volontaire n’est là pour surveiller ! La course se poursuit pour revenir vers le terrain de paint ball. On emprunte une nouvelle tranchée et je me retrouve derrière un groupe de coureurs inconnus. Il s’agit des concurrents du 10 km partis après moi. Bizarre ! On suit le chemin, où il faut passer au dessous/dessus des ficelles de sisal tendue en travers, pas très glorieux mais casse-pattes. Tout çà pour se retrouver avec les cabanes à escalader et reprendre le parcours avec les pneus,  j’essaye de demander aux bénévoles mais tous m’orientent dans le même sens.

Nouveau retour au ravito, 4 km au compteur, la sympathique bénévole ne semble pas être au courant du parcours alors je prend le chemin qui descend, et me retrouve derrière un nouveau peloton qui bien que déboussolée prend les choses avec bonne humeur… Après une belle descente/remontée (j’aurais fait mon entrainement trail de la semaine), une tranchée nous mène vers une petite descente et une remontée par un talus encombré de vieux pneus et on se retrouve quasiment au point de départ où nous attend une benne remplie d’eau à laquelle on accède par une échelle en bois, l’obstacle qui devait se trouver au milieu (une planche en bois) s’est fait la malle et personne ne semble vouloir le remettre, quelques brasses dans l’eau glacée et on ressort de l’autre côté où quelques photographes se font plaisir, la surveillance semble tout de même assez légère…

Puis on reprend à l’envers le slalom du départ : déjà l’arrivée ? L’organisateur me fait signe qu’il faut repartir en sens inverse alors que des coureurs arrivent derrière moi… j’y comprends plus rien.. finalement je longe le parcours en suivant un autre peloton et me retrouve à refaire la boucle du départ. Au niveau du parcours de paint-ball des concurrents sont arrêtés visiblement furieux du manque de variété et s’étonnent de devoir repasser plusieurs fois au même endroit (à la base il était prévu deux boucles de 10 km), je continue tout de même. Heureusement il y a peu d’attente aux ateliers mais ça devient un peu le bor… la bénévole a disparu, des pneus sont restés en rade à mi-parcours, personne ne sait où il doit aller, les concurrents du 10 et du 20 km sont mélangés.

Après un 3ème passage au ravito, et avoir repris la 2ème boucle (nouveau bain d’eau glacée), je reviens vers l’arrivée où je vais voir l’organisateur, visiblement un peu dépassé qui m’explique qu’il faut passer 6 fois au ravito pour faire 3 fois chaque circuit. Beaucoup de concurrents dépités ont abandonnés, personne ne sait où il faut passer, combien de tours il faut faire… Je m’élance de nouveau sur le parcours mais après les pneus, voyant des concurrents qui partent sur le côté je découvre une petite variante avec une belle flaque de boue à traverser… sous des barbelés… à part ça rien !

Bref une fois achevé le parcours, j’aurais eu ma dose de tire-flip et de bains d’eau dans une benne (moi qui rêve d’une baignoire j’ai été servie), je passe enfin la ligne d’arrivée (enfin ce que je suppose être puisque rien ne la signale) et je retrouve Moanatoa visiblement effondré qui parvient juste à me dire « c’est une catastrophe« . Tout est dit.

De nombreux coureurs sont déjà partis, d’autres se rincent avec un tuyau d’arrosage (seul point d’eau disponible), quelques valeureux courent encore et d’autres testent la montée de colline avec pneus sur le dos (obstacle prévu mais non utilisé). La finale est bien entendue annulée, le chronométrage est anecdotique, personne n’ayant couru le même parcours (perso mon GPS indique moins de 15 km au lieu des 20 promis).

L’organisation a publié un communiqué sur sa page facebook aujourd’hui :

« Bonjour ,
Pour cette première édition , beaucoup se sont amusés mais bien trop ont été aussi frustrés et extrêmement déçus ; tout comme je l’aurais été en tant que coureur.
Concrètement , il n’y a pas à se trouver d’excuses , mais le minimum c’est d’en présenter de sincères à tous les déçus.

Crossrace est un jeune événement , et force est de constater que nous n’avons pas su gérer correctement le staff pour le jour J : jeudi nous devions etre 35 , samedi soir nous devions être 27 et le dimanche matin , sortant juste d’un impondérable (comme il y en a sur toutes les courses) , nous nous sommes retrouvés à 12 pour organiser la course. Nous ne pouvons pas en vouloir à des volontaires , nous sommes seuls à blâmer : nous aurions du prévoir pour compenser tant au niveau humain que du balisage.

Les coureurs qui sont venus faire un temps ou préparer leur saison , se sont retrouvés à chercher leur chemin , et plus de 4 km de la boucle du parcours (et donc environ la moitié des obstacles …) ont été inutilisés , faute d’avoir pu orienter les coureurs.

Je pense qu’on apprend plus de ses défaites que de ses victoires , mais pour moi qui souhaitait contenter les coureurs qui recherchaient un vrai parcours pour se tester et entrer en compétition avec les autres c’est une déception totale , cela tient plus de Waterloo.

Nous avions une belle journée , un beau site , un système de chronométrage au top qui n’a du coup plus d’intérêt, et beaucoup d’obstacles qui ont demandé beaucoup de temps qui n’ont malheureusement profités à tres peu de coureurs.
Dommage avec tant d’atout en main de n’avoir pu en faire une super journée pour tous : encore une fois désolé pour tous les déçus.

Un merci particulier aux volontaires qui sont venus , merci aux nombreuses personnes qui se sont amusées et ont eu la gentillesse de venir nous le dire , et enfin merci à ceux qui ont été frustrés mais qui ont malgré tout été compréhensifs.
Nous reviendront par mail vers chacun d’entre vous dans la semaine ,il va nous falloir un peu de temps pour digérer tout cela.

Cordialement ,

L’equipe Crossrace France« 

Conclusion : tout a été dit, on ne s’improvise pas créateur d’événement ! Les grosses organisations bien rodées essuient déjà beaucoup de critiques, alors un débutant. La gestion de l’équipe, l’organisation ainsi que le balisage du parcours et surtout la sécurité sont des points importants nécessitant une prise en charge professionnelle et sérieuse. Julie me disait après l’épreuve : « On a beau avoir envie de s’amuser et être des sportifs on n’est pas des inconscients non plus ». La décharge de responsabilité ne doit pas dégager les organisateurs de sécuriser les obstacles. Le projet était beau et ambitieux, malheureusement il a péché dans sa réalisation, alors que le terrain de jeu aurait permis de bien s’amuser. Il sera difficile de convaincre les athlètes de participer à de nouvelles courses. Beaucoup ont amèrement plaisanté sur le tee-shirt finisher à 70E, faute d’avoir eu la course qu’ils souhaitaient.

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