Interview de Camille Leblanc-Bazinet

16 avril 2012 0

Traduction d’une interview de Camille Leblanc-Bazinet réalisée par le magazine Sweat RX fin 2011. Elle y parle de son passé sportif, de ce qui l’a amené au Crossfit, mais également le rapport entre le sport et sa famille, son entrainement, ainsi que sa philosophie pour celui-ci.

 

Mesurant 1,52m, Camille LeBlanc-Bazinet comprends bien pourquoi certaines personnes pourraient sous-estimer ses capacités. Mais cette fougueuse Québecoise n’est pas une fille de 23 ans comme les autres, et il ne faut pas longtemps pour comprendre que les apparences peuvent être trompeuses. Faisant désormais partie de l’élite des Crossfit Games, se plaçant 8ème cet été et 9ème l’année dernière, Camille admet qu’entrer dans le top 10 fût un choc, même pour elle.  » Je pensais finir dans les dix derniers, et à la place, j’ai fini dans le top 10 deux années de suite ! Je pense que j’aimerais vraiment gagner les Games une année prochaine  » dit-elle avec un enthousiasme débridé. Le Crossfit est une nouvelle passion pour cette athlète de toujours qui commença avec la gymnastique en tant que sport principal pendant son enfance. Elle débuta la gymnastique à deux ans et entrait en compétition à l’âge de cinq ans. Elle rêvait de représenter le Canada, mais quelques années plus tard une opération de la hanche modifia la trajectoire de son avenir athlétique.  » J’étais triste de voir mon rêve s’évaporer, mais j’ai réalisé que tout arrive pour une raison, et peut-être que la gym n’était pas pour moi « . De fait, Camille s’essaya à tous les sports pour satisfaire sa soif compétitive, y compris le volley, le foot et le football américain, le ski, les semi-marathons et le rugby. Puis un soir, elle rencontra le  » Ninja « , et tout changea.  » Après un match de rugby, j’ai été à une soirée vêtue de ma tenue de rugby, et j’ai rencontré un gars appelé  » Ninja  » – c’était son surnom parce qu’il participait à des compétitions de MMA. Il nous disait qu’on était pas vraiment en forme, – pas des  » ninjas  » comme lui – et qu’on était pas de vrais athlètes parce qu’on ne faisait pas de Crossfit « . Pour Camille, ça suffisait, le gant proverbial avait été jeté.  » Je n’en revenais pas qu’il me dise que je n’étais pas une athlète, alors j’ai décidé d’essayer le Crossfit, pour le challenge « . Son premier entraînement ne fût pas une déception.  » Grâce à mon passé de gymnaste et au fait d’avoir participé à des semi-marathons, j’écrasais tout le monde, et cela a prouvé que ce gars, ce  » Ninja  » avait tort. Mais plus que cela, j’ai ressentit ce que je cherchais depuis longtemps, et ai compris que c’était fait pour moi « .

Une affaire de famille

Cette nouvelle addiction fût quelque chose qui se répandit rapidement dans toute sa famille. Elle recruta sa soeur jumelle , mais ses parent furent dans un premier temps assez confus et douteux vis-à-vis de ce nouveau sport.  » Ils pensaient que c’était dangereux et ne pouvait être bon pour nous, quand bien même voyaient-ils à quel point nous aimions ça. Mais on les poussait à essayer.  » Son frère aîné et sa soeur s’y sont mis, et finalement ses parents ont accroché. Son père était particulièrement résistant au départ car il avait eu des problèmes aux genoux et quelques opérations à l’épaule.  » Il était incapable de simplement se tenir à la barre quand il a commencé, mais maintenant il n’a aucun problème avec les tractions, et a suffisamment renforcé ses genoux pour être à nouveau capable de courir « .  » Ma mère n’était absolument pas une athlète, et elle n’était pas en très bonne santé quand elle a commencé le Crossfit. Elle avait une hernie discale et n’était pas très active. Mais au final, elle a participé aux Crossfit Games dans la catégorie Masters et s’est placée 6ème « . C’est une activité familiale qui a eu un sérieux impact sur leurs vies. Tant et si bien que la famille créa sa propre salle.  » Une fois tous impliqués dans le Crossfit, cela nous coûtait à peu près 6000 dollars par an pour s’entraîner. Alors mon père à pensé que l’argent qu’on allait dépenser dans une salle lors des cinq ou six prochaines années pourrait être mieux investit, afin de payer notre propre salle « . L’expérience dans son entièreté a eu un impact très positif sur la dynamique familiale.  » On était si fiers l’un de l’autre. On se poussait toujours mutuellement à devenir meilleurs et ça nous amusait tellement « . Au-delà du fitness, Camille reconnaît un autre changement apparu dans sa famille et qui est dû au Crossfit.  » Mes parents ont tous deux plus de 50 ans et sont tous deux dans la meilleure forme de leur vie, mais je pense qu’en plus de cela, ils voient désormais la vie d’un autre oeil. Ils sont bien plus positifs et désireux d’essayer de nouvelles choses  » dit-elle.  » De nombreuses personnes plus âgées passent beaucoup de temps à regarder la télé et à attendre que quelque chose arrive, mais de pratiquer le Crossfit, mes parents ont réalisé qu’ils peuvent faire plus, et s’y poussent. Ils rénovent la maison, se lancent dans de nouveaux loisirs, partent en voyage, jouent plus au golf, et d’une manière générale sont plus positifs. On se sent tous plus vivants « .

Concentration vers l’avant

Équilibrant son emploi du temps d’étudiante ingénieure de 3ème année, Camille fait passer son entraînement au niveau supérieur. Après les Games de cette année, elle a décidé de se lancer dans l’haltérophilie.  » J’ai commencé l’haltéro parce que je suis d’un petit gabarit, et suis souvent en compétition avec des filles bien plus costaudes. Mais on doit soulever le même poids, et je pense que cela m’aide avec ma force et ma technique. Ma première compétition a eu lieu le 29 octobre, et je serai en compétition le 17 décembre pour tenter d’entrer dans l’équipe nationale « . Pour l’instant, elle pratique l’haltérophilie deux heures chaque jour, et le Crossfit un jour sur deux.  » Je pense que le Crossfit est différent de tout autre sport. Vous êtes toujours à vous battre contre vous-même. Si je suis meilleure que quelqu’un d’autre c’est juste parce que je m’entraîne plus dur, que je fournis plus d’effort  » dit-elle. Bien sûr, c’est beaucoup pour une jeune athlète, et cela implique de nombreux sacrifices, mais Camille voit cela d’un oeil particulier.  » Je dirais que j’ai supprimé de ma vie tout ce qui était inutile. Je ne peux pas sortir et aller boire un verre, parce que cela ruinerait mes deux précédentes semaines d’entraînement. Et sérieusement, pensez à toutes les fois où vous faites des choses qui n’ont aucune importance ou représentent une perte de temps – certains regardent la télé pendant deux heures par jour voire plus, passent leur temps dans des centres commerciaux, ou simplement font tout lentement  » dit-elle en riant.  » Peut-être que c’est juste moi, mais je fais tout super rapidement et j’essaie d’organiser ma journée « .  » Et je ne passe pas beaucoup de temps à me maquiller, ou à me coiffer – ce genre de choses n’a pas d’importance à mes yeux. Je suis toujours propre et soignée  » m’assure-t-elle,  » mais il me faut cinq minutes pour me préparer, pas une heure ! « . Camille veut être un modèle pour les jeunes filles et leur laisser l’impression d’une notion de beauté plus générale.  » J’espère pouvoir leur montrer que les filles ne sont pas juste supposées être jolies, que vous pouvez être tant de choses à la foi – douée pour le sport, intelligente, ce que vous voulez. Ne vous préoccupez pas de ce que les autres disent, et ne croyez pas qu’il existe des sports réservés aux hommes – si vous aimez ça, faites-le ! Et ce genre de confiance est ce qui vous rend jolie « . Mais ne vous y trompez pas, Camille est habituée à attirer l’attention des garçons, surtout en salle.  » Les mecs sont marrants  » dit-elle.  » D’abord ils essaient de m’impressionner, mais quand je commence à m’entraîner ils sont si choqués et impressionnés eux-mêmes ! Au final, ils ne sont même pas arrogants, ils me demandent juste des conseils. Les mecs ont tellement de respect pour la qualité et l’intensité de mon entraînement « .

Mantra de motivation

Camille approche son entraînement de manière exhubérante et déterminée, avec une saine et abondante dose de pensée positive.  » Il n’y a pas vraiment de héros que j’admire, mais je pense que le modèle idéal est quelqu’un de très positif et sérieux dans ce qu’il fait. Je veux simplement être une personne super positive, qui aide les gens et se pousse elle-même autant que possible.  » Ce qui me maintient saine et heureuse est de savoir que je fais de mon mieux – c’est plus important à mes yeux que d’entendre quelqu’un me dire que je suis bonne. Je crois que c’est une bonne manière de tout faire dans votre vie – faites-le pour vous-même et soyez fier quand vous donnez le meilleur de vous-même « . Elle ne nie pas que c’est un chemin difficile, et que par moments il peut être compliqué d’entrer en compétition et de s’entraîner.  » Je déteste le rowing  » confesse-t-elle,  » je suis si petite et c’est si dur. J’ai juste envie de pleurer, j’essaie de me concentrer et je me dis que je ne déteste pas ça, mais plutôt que j’apprends à aimer  » rigole-t-elle.  » Si je commence à penser que je ne suis pas comme je voudrais l’être c’est juste super négatif et ma performance en souffre – alors j’ai besoin de rester positive « . C’est la mentalité  » mind over muscle « , un mantra qu’elle se répète et utilise pour inspirer les autres.  » Quand je coache une personne et que je la vois lutter, je lui dis ‘ croyez en vous-même, votre corps peut le faire, ne laissez pas votre esprit vous laisser croire que vous ne pouvez pas le faire ‘. Quand les gens doutent d’eux-mêmes je leur rappelle que l’impossible peut arriver – il suffit d’y croire « .

Source: http://issuu.com/sweatrxmag/docs/sweat_rx_mag_vol.1_issue_2digital/1

Traducteur: Dhaze

Commentaires »